La plupart des outils de compression d'images en ligne fonctionnent de la même manière depuis quinze ans : vous envoyez votre fichier sur un serveur, celui-ci le traite, puis vous renvoie le résultat. Compressio, comme Squoosh avant lui, fonctionne différemment : tout se passe dans votre navigateur, sur votre propre machine. Voici comment, sans jargon inutile.

Le navigateur, un petit ordinateur capable de traiter des images

Un navigateur web moderne (Chrome, Firefox, Edge, Safari) n'est plus seulement un lecteur de pages HTML. Il embarque un véritable moteur d'exécution capable de faire tourner du code proche du langage machine, via une technologie appelée WebAssembly (souvent abrégée « Wasm »).

WebAssembly permet de faire tourner, à l'intérieur d'un simple onglet, des bibliothèques de compression d'image historiquement réservées à des logiciels installés sur l'ordinateur : les mêmes encodeurs JPEG et WebP utilisés par des outils professionnels comme Photoshop ou des services serveur tournent, en pratique, directement sur votre appareil.

Le rôle du Canvas et de l'API de compression

Quand vous déposez une image dans Compressio, le navigateur la dessine dans un élément invisible appelé « Canvas », une sorte de zone de dessin programmable. À partir de cette zone, le navigateur peut lire chaque pixel, redimensionner l'image, puis la ré-encoder dans le format choisi (JPEG, WebP, PNG) avec le niveau de qualité que vous avez sélectionné.

L'ensemble de ce traitement, du chargement du fichier jusqu'à la génération du fichier compressé, se déroule dans la mémoire de votre navigateur. Rien n'est envoyé, rien n'est mis en file d'attente sur un serveur distant.

Pourquoi cela change tout pour la confidentialité

Avec un outil serveur classique, votre image original transite sur le réseau, atterrit temporairement (parfois plus longtemps qu'annoncé) sur les serveurs du fournisseur, avant d'être renvoyée compressée. Cela pose deux problèmes : la vitesse, puisqu'il faut le temps d'un aller-retour réseau, souvent proportionnel à la taille du fichier, et la confidentialité, puisque vous devez faire confiance au fournisseur pour ne pas conserver vos fichiers.

Avec une compression réalisée entièrement côté navigateur, ce risque disparaît par construction : il n'y a pas de serveur à qui faire confiance, parce qu'il n'y a pas d'envoi.

Et les performances, dans tout ça ?

On pourrait penser qu'un traitement effectué sur un simple ordinateur personnel, plutôt que sur un serveur dédié, serait plus lent. Dans la pratique, c'est l'inverse : puisqu'il n'y a ni upload ni download, seule la puissance de calcul de votre appareil entre en jeu, et les ordinateurs et smartphones récents traitent une image de quelques mégaoctets en une fraction de seconde à quelques secondes, selon sa taille et le format choisi.

Les formats les plus exigeants en calcul, comme l'AVIF ou le JPEG XL en encodage multi-thread, bénéficient en plus d'une fonctionnalité du navigateur appelée SharedArrayBuffer, qui répartit le travail sur plusieurs cœurs du processeur simultanément.

En résumé

La compression d'image « côté navigateur » n'est pas un gadget marketing : c'est un vrai changement d'architecture, rendu possible par les progrès de WebAssembly ces dernières années. Le résultat pour l'utilisateur est concret : plus rapide, plus privé, et disponible hors connexion une fois la page chargée.